Articles Florian EYMANN


Exercices de style entre Zao WOU-KI et BACON …


Florian EYMANN, labellisé Maecene Arts depuis 2015, a déjà de nombreuses expositions à son actif. Il a comme on dirait « le vent en poupe » auprès d'amateurs d'art attentifs et avertis, très réceptifs à ses créations.

 

L'artiste est prolifique, son œuvre est très diversifiée, ardemment nourrie, mûrie. C'est un compositeur de sonorités discordantes, un hybrideur talentueux qui aime tout à la fois se dépayser et nous désorienter à travers des figures fantomatiques pulvérisées qui flottent, éclatent, des quasi-visions impulsives qui nous échappent. Manifestement, il est en pleine exploration, il se cherche, interroge, s'interroge; n'est-il pas au fond un méditatif actif ? Il puise ses inspirations dans l'histoire de l'art, les grands classiques passés et modernes, les photos, l'actualité. Il maîtrise de toute évidence le dessin, la peinture, les jeux de matière, de couleurs, les glacis. Sa création est un mélangé de références temporelles, stylistiques, de réminiscences culturelles, d'engagements qui par strates composent des figures polysémiques, des métaphores optiques, des anamorphoses, des expressions militantes. Les portraits figurent des éléments de la nature, des paysages accidentés, modernistes, déroutants, des tensions volcaniques, des dérives cosmiques comme s'il nous entraînait dans un labyrinthe, un espace mouvant océanique ou céleste.

Son œuvre donne un sentiment apparemment trompeur de dispersion chaotique: on a du mal à concevoir que le même artiste travaille sur des paysages miniatures poétiques et sur des êtres fantasques bigarrés, subversifs, grand format. S’il y a tout lieu de penser que c'est contradictoire, c'est aussi une volonté de mettre en scène, comme le ferait un cinéaste, des pièces disparates un peu à la Lewis CARROLL. Ses séries de très petits formats, style reliquaires, tiennent presque dans le creux de la main: on n'y prêterait moins d'attention. Les collectionneurs voudraient du voyant, du géant; c'est tout sauf le côté rebelle de Florian, son intérêt pour ce qui feint aussi d’être le peu. Ses miniatures s'apparentent à un carnet de bord ponctuel, des fragments retranchés de ses formats grandeur nature, de l'autre côté du miroir. C'est comme si on voyait à travers un trou de serrure, un œilleton, des paysages réduits ou des éclats d’explosion, les résidus d'une vision parcellaire. Le regard doit y être ajusté, il perd de la distance, tout repère, il devient plus intime, mystérieux, secret.

 

Les grands formats constituent l'essentiel de son œuvre. On franchit l'infiniment petit en faisant le grand écart. Le point de vue change, on cherche à adopter le bon recul face aux déformations pêle-mêle, aux formes brouillées par les couleurs, floues, ondoyantes. L'œil dépaysé du contemplateur ne finit jamais de regarder, il participe aux métamorphoses en cours, à la création physique, perçoit à travers la mobilité dans laquelle il est impliqué. Les tableaux balayent des figures sans balise, des atomes portraiturés, des faces défigurales impermanentes, « figural landscapes », une multitude de détails incompossibles. Ils donnent parfois l'impression de défiler à toute vitesse ou d'être vus sous l’eau. On pénètre un espace pictural transgressif, une apocalypse moderne entre apparitions vagabondes, dissimulations, éclipses, galaxies de matières et de couleurs, délires ou fantasmes.    

L'artiste devient un prestidigitateur des formes, des couleurs exaltées et du mouvement. Il monte, surmonte, démonte, remonte comme un cinéaste. La matière s'apparente à une étoffe chromatique versatile, mobile, évanescente, qui s'effiloche, se désagrège ou se condense. Elle est tantôt aérienne, fluide, transparente, tantôt dense comme du magma durci, modelée telle de la glaise, jetée avec un faux semblant de désinvolture, écrasée, projetée. Des pulsions de couleurs tumultueuses, éclatantes, s’affrontent ou fusionnent, orchestrent chaque tableau. Les roses violents renvoient à la souffrance physique et morale de la chair, les blancs purs effacent, surpassent, montrent en cachant, transfigurent. Les couleurs tiennent lieu de formes, de sens, d’émotions. Tout n'est pas dissimule, on reconnaît des visages connus ( THATCHER, MAO, STALINE ...) mais aussi des figures de terre ou de mer, des formes balbutiantes, des signes embryonnaires, des vertiges en plein vol, des songes.

 

Les surfaces sont imprévues, dérobées, déchaînées, contrefaites, furtives, lunatiques; l'artiste est un « maroufleur » qui déverse le médium, la palette sur sa création. La peinture devient par endroits comme de l'argile et l'être comme un champ de haillons formels aux couleurs bariolées, provocantes, résonantes. Florian est aussi musicien; ce n'est pas un hasard qu'une sorte de tempo se fasse entendre dans ses tableaux, le déroulement d' une bande sonore, subreptice, comme un jeu totalement libre, contrasté, un rythme lancinant, décalé, « l'odeur du temps ».

 

Parmi ses dernières et meilleures créations, une série concerne la catastrophe de Fukushima, un Hiroshima contemporain doublé d'un tsunami qui ravage les visages, matières et couleurs partent en fusion. La mémoire, l'effacement, le déchirement, la perte d'identité, l'éphémère, la lumière, l'obscurité, la remise en question des certitudes sont des sujets de réflexion qui surgissent au regard de ces représentations figurales, voir dé figurales. Ce sont peut-être plus encore des absences révélées par les couleurs que des présences qui captivent.

 

Un véritable « dépaysage » figural en terres de chair. Assurément un artiste à suivre de près ... et de loin!

 

Marie-Hélène BARREAU-MONTBAZET

Vice-présidente de Maecene Arts 

Docteur en histoire de l'art

Collaboration artistique de Florian EYMANN


Une collaboration artistique avec Gabrielle JARZYNSKI pour son ouvrage poétique Un Cirque et Frédéric DROUIN alias SMITH SMITH.