Articles André LABAN


Adieu l'artiste et merci ... hommages


Des bleus à l'âme ...

Tu as repris le large André.

Tu poursuis outre-mer de nouvelles traversées extraordinaires, le regard tourné vers d’autres cieux, vingt mille bleus où mourir, ajoutant du bout des doigts un peu de vagues au ciel, le regard toujours bienveillant et facétieux au-dessus de la mer.

Ultime exploration en apnée dans l’espace pour l’éternité.

Le bleu délivre sans faire de bruit, il s’évade indéfiniment et toi avec.

Tous ces bleus qui gagnent un ciel plus vaste que la mer ne vont pas sans douleur. Oui on est triste, tu vas nous manquer. On se souviendra quand tu disais que tu voulais qu’on sourît quand on pensera à toi…

Ton œuvre marquera les générations à venir; elle restera en nous…

Laurent, c’est toi qui a maintenant « les clés du camion »! Ce sont les derniers mots qu’André, ton père spirituel, a eus pour toi.

Merci André. A Dieu l’Artiste. Merci à toi aussi Laurent. Toute mon admiration et ma tendre affection pour vous deux.

 

Marie-Hélène BARREAU MONTBAZET

Lydia PEELLE is an American fiction writer. In 2009 the National Book Foundation named her a "5 under 35" Honoree.
Lydia PEELLE is an American fiction writer. In 2009 the National Book Foundation named her a "5 under 35" Honoree.

"Je vous aime"                October 19, 2018   

 

Dear Laurent,

 

The sadness that I feel on learning of Andre’s death is tempered by the gratitude that I had the great fortune to discover him and his work in time to meet him in this life. Thank you, Laurent, for connecting me. The love and respect underlying your friendship with him is evident, and my heart is with you now that he has left us.

 

In the few short years since I learned of him, Andre’s art and his remarkable adventure of a life have inspired me in profound ways, both in my own art and in my own life. In fact, I struggle to find the words to capture what he means to me. I take solace in the fact that this feeling, like all the greatest and most complex, ultimately transcends words, anyhow.  

 

Words failed me when I met him, on that lovely May evening of the exposition in Bordeaux. Dizzy with the beauty of the room, and in awe to be finally face to face with this genius of a man, I became tongue-tied in my elementary French. Looking into André’s kind and brilliant brown eyes, I was suddenly unable to express all I wanted to say about what his work has done for me; or, more precisely, anything at all. But looking back on it now, the one thing I could manage to say to Andre that evening was perhaps the purest essence of the multitudes I desired to communicate.

 “Je vous aime" I said to him that evening, over and over. “Je vous aime”

 

"Je vous aime" My understanding of French is enough to know that this is something of a contradictory statement: one cannot love a stranger. It is a paradox, a statement both impossible and true. But what are Andre’s works if not exquisite paradoxes, both impossible and true. A painting created deep under the ocean? Unimaginable! Yet, there it is: incredibly, it exists.

 

As I write this, one of his paintings is in front of me. As always, it is alive and breathing, in a state of constant change. Every time I look at it, it is a new painting. Like the sea it depicts, it serves as an exquisite symbol for all that is both constant and fleeting. Which is to say: life itself. 

 

For me, Andre’s undersea work also serves as an apt metaphor for all great art. Because a true artist, at no small risk, must always dive deep; she must disappear into the depths of both the physical and psychic realms. If she is attentive, prepared, and lucky, she will find a way to express what she discovers there. And if and when she resurfaces, bringing with her to dry land the work she created, it will capture, for those who experience it, something of the beautiful mystery of the place to which she descended. 

 

"Je vous aime" To return to that statement, impossible and true: as I contemplate Andre’s painting today, it seems that, perhaps, this is what it whispers to me now. Perhaps, at base, this is the message of all art, in one way or another: "I do not know you, but I love you". Here through my work I reach out to you, I connect with you, I offer you a piece of my heart: you who is here on earth just as I am here on earth, separate but together, sharing this same human experience with all its beauties and mysteries, its griefs and pleasures.

 

I am so grateful for my chance to share, in a small way, in this great man’s human experience; to have met a man who created, among so many other joyful and wondrous things, paintings as infinite as their subject. And now he, too, is infinite.

 

Laurent, I send my sincere condolences to you, and to Andre’s family and friends. And I send thanks to you and to Marie-Hélène, and to all at Maecene Arts. Often and fondly I think of that evening in Bordeaux when we were together under the sea, submerged in Andre’s beautiful and mysterious blue world. I hope we meet there again soon, Laurent. I know that when we do, there with us in the depths will be Andre.

 

With love and sympathy,

Lydia PEELLE

 

7500 visiteurs pour l'Aleph des profondeurs à Bordeaux


André LABAN ou l'Aleph des profondeurs

A comme André, A comme Aleph, au commencement de tout ...

A la partie inférieure du tableau, vers la droite, je vis une petite sphère aux couleurs chatoyantes, la lumière du soleil qui répandait un éclat féérique, des images de rêve. Je compris que ce mouvement était une illusion produite par les spectacles vertigineux qu’elle renfermait, ces cercles enchainés. Le diamètre de l’Aleph devait être de deux ou trois centimètres, mais l’espace cosmique était là, sans diminution de volume. Chaque chose équivalait à une infinité de choses, parce que je la voyais clairement de tous les points de l’univers. Je vis les perspectives intercalées, polyphoniques des bleus, la mer. Je vis des yeux tout proches, interminables, qui s’observaient en moi comme dans un miroir, je vis l’épaisseur du temps, le passé intérieur, tous les miroirs de la planète et aucun ne me refléta. Je vis une eau semée d’astres, des continents disparus, poteries et amphores éparses sur le sable, les épaves les plus fabuleuses, la Sainte Victoire. Je vis le Monde du Silence, des ballets de poissons, le MOZART du Cinéma. Je vis la Méditerranée, l’Atlantique, la Mer Rouge, la Mer Noire … la magie des fonds, l’air du large. Je vis de convexes déserts et chacun de leurs grains de sable, je vis la nuit et le jour contemporain, je vis l’Aleph sous tous les angles, je vis sur l’Aleph la mer et sous la mer de nouveau l’Aleph, je vis mon visage et mes viscères, j’eus le vertige car mes yeux avaient vu l’inconcevable univers.

 

Marie-Hélène BARREAU MONTBAZET

Vice-présidente de Maecene Arts

Docteur en histoire de l'art

Une « Sainte Victoire » sous la mer


La 801 ème création d'André LABAN ...


Peindre sous l'eau est bien davantage qu'un acte de création qui sort de l'ordinaire, ceci dit à 86 ans, c'est un exploit! André Laban n'est plus aujourd'hui le seul à exercer son art dans un atelier sur-naturel sous l'eau, un lieu dont il dit lui-même que l'improvisation est le fruit d'une longue préparation depuis 50 ans. A mon plus grand étonnement, André ne se considère pas comme un « créateur ». Il m'explique que contrairement à ce qu'on lit dans le dictionnaire, il ne fait pas des choses à partir de rien. Lavoisier avait raison, ajoute-t-il, « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Il faut dire que mon précédent intitulé était un dieu sous la mer , je m'attendais bien évidemment à recevoir des foudres ! ...

 

Qui se souvient que Sarh PRITCHARD fut le premier qui peignit dans les fonds marins au début du siècle dernier tout en utilisant une technique différente? Disons qu'André fut après lui, le deuxième explorateur, le premier à créer véritablement une oeuvre d'art sous l'eau. Le résultat visuel de son Précurseur aurait pu le dissuader de se lancer dans cette aventure et de défricher le « terrain » ... Il ne l'a découvert que bien plus tard.

 

Le tableau qu'André considère comme son premier tableau sous-marin date de 1966. Il a été peint sur une plaque de PVC à proximité du lieu de plongée de la 801ème. Les peintures d'André n'ont rien de comparable non plus avec les tableaux sous-marins d'artistes rencontrés lors des salons de La Plongée. Si les fonds marins sont très loin d'être un lieu communément naturel pour peindre, ce n'est pas seulement ce qui fait d'André un artiste remarquable ni un homme d'exception. Qui n'a un jour rêvé devant son petit écran ou au cinéma en suivant les explorations du Commandant COUSTEAU sur la Calypso?

 

A l'écouter, André a modestement tout appris avec la pratique, petit à petit, ses facultés et dispositions l'y aidant manifestement beaucoup. Au-delà de ses nombreux talents, on est touché par sa profonde humilité, sa simplicité, sa générosité, sa sérénité d'âme. Inutile d'insister sur la richesse et les qualités exemplaires dont témoignent à juste titre son parcours et sa renommée internationale.

 

La journée du 8 septembre nous a montré en direct à quel point André est à la fois un grand artiste, un homme de courage, de volonté, de ténacité, qui ne cesse de se surpasser et de nous dépasser avec simplicité et bienveillance. Sa précédente peinture subaquatique s'est déroulée seulement une semaine avant celle-ci dans une résurgence d'eau glacée à 13°C. André y a eu le sens de l'engagement total, le désir de faire plaisir avant tout, malgré des conditions très difficiles. Ce sont peut-être là les secrets de son éternelle procréation ...

 

Je crois que André est inégalé, j'ajouterai inégalable au vu de la toile peinte qu'il a remontée à la surface de l'eau après 50 minutes d'immersion sous l'eau. Dans ces conditions, c'est presque du Surréalisme.

 

Ceci a été une magnifique aventure initiée par Maecene Arts. Laurent CADEAU en a été la cheville artisane, il suit et soutient le cheminement artistique d'André depuis plus de 20 ans, sans parler de l'amitié et de la connivence qui les unit étroitement. Enfin, une pensée à toute l'équipe qui a encadré André dans une ambiance très chaleureuse animée de moments aussi intenses qu'émouvants.

Jour J ...


Nombreux sont les amis d'André qui veulent prendre part à l'événement en embarquant avec lui, ses plongées sont devenues de plus en plus rares, sollicitées. Ceux qui montent à bord ont conscience d'avoir beaucoup de chance. La houle est au rendez-vous et j'apprends à mes dépens que la Méditerranée n'est pas la mer d'huile que je croyais être, mais une mer de crêtes et d'embruns dans le meilleur des cas. On ne peut vivre une telle aventure sans subir quelques inconvénients bien vite oubliés.

 

André n'a pour matériel artistique que deux toiles vierges (la seconde protègera le tableau peint) et une petite sacoche bleue spécifiquement conçue pour transporter tout ce dont il a besoin. Après 800 immersions dans presque toutes les mers du globe depuis un demi siècle le tissu fait office de palette harmonisée. A l'intérieur, des tubes de peinture à l'huile toujours ouverts, des déclinaisons de bleus bien sûr mais aussi du blanc, quelques couleurs, des réserves, des gants, un couteau à peindre ... maculés de 20 000 lieux et de presque autant de bleus. De simples instruments chargés de vécu, d'émotions.

Après environ 45 minutes de traversée, quelques photos et interviews filmées de TF1, André se prépare et commence à appliquer du médium flamand à base d'huile de lin sur sa toile. La couche encore fraîche au moment de plonger permettra à la peinture d'adhérer sur le support. Cet apprêt est à la fois un fixatif et un liant. Je m 'aperçois que la charge irrégulière de médium sur le couteau, la gestuelle, apportent matière et substance, une structure incolore, une texture superficielle mais sensible. La question est de savoir sur le plan non pas technique mais stylistique dans quelle mesure cette application influe sur la peinture à venir, sa facture, ses effets.

 

La suite se passe sous 10 mètres de profondeur. André a quelques difficultés avec sa ceinture de plomb, sa bouteille est trop lourde et son stab est trop grand, son masque fuit. Il doit faire des efforts permanents pour ne pas basculer en arrière pendant qu'il peint. Les conditions sont loin d'être idéales mais André s'adapte à tout. Il n'est pas question pour lui de renoncer.

Le tableau lesté est posé sur un petit talus qui fait office de chevalet. Une fenêtre s'ouvre dans les fonds marins de la côte bleue. La toile est posée à l'horizontale devant André. La composition prend forme à partir de trois zones de bleus différents allant du plus sombre au plus clair. Les tonalités s'étoffent. André façonne matière et couleurs. Les bleus se chevauchent, se fondent ou se structurent, se paillettent et s'illuminent sous l'éclairage des caméras.

 

Une création artistique en fonds marins prend, aux yeux du contemplateur, forcément une dimension magique, surnaturelle. Il est encore difficile de savoir précisément quelle alchimie se produit sous l'eau. Il est certain que le contexte exerce une influence et il faudrait tenter un certain nombre d'expériences pour étudier ce point. Le sel, la pression exercée par l'eau, la densité, la vision si particulière sous l'eau, les frottements, les contacts avec la toile ... tout est différent. Une relative résistance physique influe sur le corps, les mouvements et les gestes; le temps est compté, la charge de matière, le passage du couteau se font de manière instinctive, les touches sont d'autant plus vives, dynamiques, expressives.


Le retour sur le bateau est très attendu. La plongée a duré particulièrement longtemps et André refait surface très éprouvé. Le tableau tel qu'il ressort de l'eau est déjà très avancé, beaucoup plus que je ne pensais. Voir émerger des flots une peinture est peu commun ... Sa découverte ne va pas sans un mélange d'émotion et d'admiration.

C'est l'aspect artistique qui me touche maintenant. J'ai à cet instant la confirmation que nous sommes en train de vivre quelque chose d'extraordinaire sur le plan artistique cette fois ci. Je ne suis pas certaine qu'André mesure l'ampleur de ce qu'il vient de faire. Il faut dire que c'est la 801ème fois qu'il crée dans ce genre d'atelier impromptu à la fois très moderne, contemporain et intemporel. Le tableau est à la fois réalité et abstraction, plasticité et fluidité, fond et forme, contrastes et harmonie, musique et silence, passé, présent et futur, je ne saurais dire.


André a pour habitude de terminer ses toiles sous-marines sur le bateau, tant que sa mémoire est encore fraîche . Le tableau ne sera achevé à ses yeux que lorsqu'il aura le sentiment que sa peinture lui donne l'effet « d'être au fond ». Il sera ensuite rincé à l'eau douce.


Il est intéressant d'observer l'évolution du tableau depuis le moment où il est sorti de l'eau jusqu'à sa finition sur le bateau pendant environ un quart d'heure. Je suis aussitôt frappée par le relief de la facture, la puissance et la nervosité des passages du couteau, l'impression de mouvement. Il n'y a pas un bleu qu'il « revendique », on remarque simplement l'emploi de quelques lueurs de jaune de Naples et des touches de brun Van DYCK qui sont habituellement mélangés à du blanc ou du turquoise pour l'un et à du bleu outremer pour l'autre.


La lumière véhicule la couleur qui malgré ses déclinaisons me semble être dans cette première étape une matière vivante plus qu'une gamme chromatique. André va rehausser encore matière et couleurs, remplir les espaces laissés vierges à la périphérie de la toile, lier et délier les tonalités, clore et ce faisant ouvrir l'espace pictural, l'étendre. 

Observons le tableau ...


1- La partie gauche, dans l'ombre, avec des bleus ténébreux qui deviennent plus sombres en surface. Du brun Van DYCK se mêle au bleu nuit. Les touches sont incisives, incurvées, appliquées avec rapidité, souplesse et dextérité, leurs extrémités sont acérées, en fortes saillies. La matière forme dans cette partie du tableau des arêtes irrégulières rugueuses au toucher. Elle accroche la lumière qui grésille, scintille et donne une sensation d'humidité, de musicalité grave, d'intensité des forte, de résistance. Le rythme est saccadé, tendu, puissant.

 

2- La partie centrale adopte la forme d'un talus très plastique et massif. Les empreintes au couteau sont ici très tortueuses, juxtaposées et surimposées. La matière palpite d'agrégats sonores, les touches sont pulsées, instables. De forts empattements favorisent la captation de la lumière renforcée par l'utilisation du blanc, du jaune, des traces de mélanges immédiats, des accords tumultueux de bleus, blanc, jaune, brun.

Une élévation en relief, un cône lumineux qui s'apparente à la Palette du peintre avec ses ruptures, ses contrastes, ses improvisations.

 

3- Dans la dernière partie, la touche redevient plus habituelle; elle s'étire, lisse et fluide sur différentes mesures, André la poursuivra sur le bateau. L'application est plus longue, le rythme plus étalé dans le temps et l'espace. Les touches sont plates, à intervalles irréguliers selon des orientations différentes, elles m'évoquent des touches de piano, un sentiment d'éternité, les ondes sonores hypnotisantes des fonds marins. Les différentes touches picturales, leur expression variée, l'harmonie tonale du tableau, nous renvoient à l'univers musical, des alternances de temps lisses et striés.

 

Les touches sont suivant leur configuration comme des notes sur une clé avec des temps plus ou moins forts, quasiment aucune pause (quelques percées très fugitives dans la matière), une musique de fond reconnaissable. La réalité du tableau traduit une forte présence et des évocations subjectives d'ordre visuel et auditif. Le regard et le ressenti sont spécifiquement ici très différents suivant si l'on est de visu très proche ou à distance du tableau. Ce n'est pas le cas dans les autres toiles sous-marines. 

 

De très près, la facture et le relief me donnent le sentiment d'une vue de mouvements à la surface de l'eau , les effets de la houle déferlant sur les lames, une vague scélérate au premier plan. A une certaine distance, lorsque la plasticité de la toile se dissipe, les ondes sonores sous marines résonnent plus fort, la vision est brumeuse et je suis physiquement au fond de l'eau, dans des conditions de plongée. Ce tableau est la projection artistique d'une expérience perceptive et sensitive qui reste un lieu de réminiscences pour l'artiste et un thème d'évasion ou d'immersion pour le contemplateur.

Ce 801ème tableau fait partie d'une importante série de toiles sous-marines qui sont, comme en musique, des variations à partir d'un réel. Une recherche artistique autour de la couleur bleue, de la lumière et des sensations sous-marines, avec l'influence sur la facture et la stylistique des ressorts aléatoires liés aux conditions de plongée. Le thème est celui d'une vie entière consacrée à la mer, à la peinture et accessoirement à la musique. André joue du violoncelle, un instrument qui n'est pas insignifiant lorsqu'on sait qu'il correspond pour KANDINSKY à la couleur bleu foncé.

 

Ce dernier tableau en date tient une place à part, atypique, tout en étant dans la linéarité de la série. Le sujet, immédiatement identifiable dans les précédents tableaux sous-marins tend ici à se désagréger au seul profit de la matière, de la couleur et de la lumière. Cette toile, isolée et sortie de son contexte, glisse vers une forme d'abstraction contrairement aux autres toiles sous-marines. Le contemplateur n'est plus s'il n'est pas suffisamment éloigné de la matière, aussi concrètement et directement propulsé vers et dans la toile, il s'évade par d'autres voies, s'élève au travers de correspondances synesthésiques, des expériences très différentes et surtout pas exhaustives.

 

Faut-il voir dans ce glissement vers l'abstraction une évolution en adéquation avec ses dernières toiles marines (peintes hors de l'eau) plus épurées et métaphysiques? En matière d'abstraction, sans doute, mais la facture est contrairement à ces tableaux très graphique et plastique, presque impétueuse en certains endroits. On passe étonnamment d'une réalité concrète qui renvoie à l'expérience, au vécu dans cet univers sous-marin, à une réalité plus abstraite pourtant bien ancrée dans le réel, une forme d'expressionnisme abstrait très personnel, perturbé.

 

Même si les conditions de plongée n'ont pas été idéales pour André, on ne peut que se réjouir du fait qu'elles ont favorisé une création d'une puissance expressive inhabituelle, d'une matérialité sensitive et sonore d'autant plus percutantes. On concentre facilement notre attention sur la tonalité « dite » bleu LABAN au détriment d'une matière et d'une facture très spécifiques qui modifient autant, voire davantage que la couleur, l'espace de la résonance. Cet effort de création exceptionnelle retentit telle une « Sainte Victoire » personnelle sous-marine! CEZANNE n'en aurait pas fait autant!

 

Marie-Hélène BARREAU MONTBAZET