Jak ESPI, CharlÉlie COUTURE


20...16 L'Odyssée ESPI, rencontres MA


L’artiste sait agréablement surprendre, on ne s’attend pas à une orientation aussi aventureuse et audacieuse ! Qui parle de révolution?

Jak est de ceux qui veulent faire plus vite que les autres: d'un monde elliptique à un autre vers les plus imprévisibles Heaven's Gate , à la conquête des étoiles.

 

Poitrines pop lux, Pinkies, l'enfermaient avant dans un style, alors qu'il avait déjà décollé pour d'autres galaxies attractives à l'abri des regards du soir, se dépassant sans renoncer à lui-même. "Comment ne devrait-on pas toujours être légèrement improbable" ainsi que l'écrivait Oscar WILDE? De la même manière, Jak ESPI sait préserver le mystère, ne dévoilant son changement de cap que lorsqu'il est suffisamment déployé. Il sait se remettre en question, expérimenter librement l'esprit des formes.

 

Ses créations reflètent un hyper monde personnel, des réalités intérieures, des articulations géométriques. Un prolongement décisif entre réalités vécues, fictions plastiques et optiques, volumes et planéités qui ne sont pas sans filiation avec VASARELY et l'Art Optique.

Si l'esprit demeure toujours ludique, un coup de dé jamais n'abolira le hasard dans les troublantes symétries, les chorégraphies spatiales vertigineuses sur lesquels il compose actuellement.

 

Le jeu est formel, chromatique, poétique, métaphysique, rythmique et musical, le son mystérieux. Les poitrines protubérantes d'hier côtoient dans l'atelier des tableaux grand format, un palindrome de formes parentes, de combinaisons de teintes vives et de clartés, de contrastes simultanés, des flux d'énergie Futuristes, des correspondances à perte de vue, où le fond et la forme tourbillonnent dans une valse à mille temps, se confondent, obsession d'un hypnotique ressac, au dernier temps de la valse ...

 

Une fois embarqués dans ses dernières séries, difficile de se fixer.

Le voyeur, c'est à dire nous, est encerclé d'immenses puzzles mouvants dont l'espace en expansion se prolonge sans rivage et au-delà de l'infini dans un beau bleu Danube. Il participe activement, se déplace, se laisse emporter sur orbite. Son regard court, s'arrête, entrevoit, repart; il est suspendu au mouvement. Il faudrait pouvoir prendre de l'altitude, à ciel ouvert, pour regarder un horizon constellé de toiles. Les pyramides clapotent, s'assemblent avec vitalité, se combinent, se télescopent, du haut desquelles quarante siècles nous contemplent.

 

On se perd dans des mirages, des jeux de miroirs, de dédoublements proportionnels, de perspectives, d'interaction des couleurs.

L'atelier prend l'aspect d'une bibliothèque de polygones colorés en aplats qui dérivent les uns des autres, un aleph borgésien où se conjuguent l'un et le multiple, la mécanique optique dynamique d'un alphabet monolithe de tous les possibles.

Dans l'œuvre, le trait prend forme avec les couleurs, il découpe l'espace formel en abstractions géométriques parfaites; il se fond dans la forme, se cristallise dans l'espace chromatique, dessine la cartographie imaginaire d'un monde fragmenté ou étoilé aux facettes du Cubisme analytique.

 

L'œil et l'ESPrIt entrevoient des silhouettes furtives, des éclats de ciel, des mosaïques d'imbrications dans un flux mélodique. Certaines toiles deviennent des damiers cosmiques.

"Il était maintenant maître du monde, et il n'était pas très sûr de ce qu'il allait faire ensuite. Mais il lui viendrait bien une idée." (2001 L'odyssée de l'espace).

 

Marie-Hélène BARREAU MONTBAZET

Vice-présidente de Maecene Arts

Docteur en histoire de l'art

 


Une collaboration artistique


ICÔNE POLUX

Cette préparation d'exposition vise à faire dialoguer deux artistes internationaux renommés et complémentaires, deux tempéraments affirmés, engagés, CharlÉlie COUTURE et Jak ESPI.

En tête d'affiche, une notoriété, une icône pop, un artiste chevronné qui se définit lui- même comme «multiste», fait avec brio le grand «éc-art» entre toutes formes de cultures confondues.

C'est de la création « polyglotte » dans tous les sens du terme. CharlÉlie COUTURE s'exprime sur deux continents géographiques, dissipe à travers des œuvres protéiformes les lisières des différentes branches de la culture. Il est aussi prolifique que sa conversation est vive, que sa pensée est philosophique, spirituelle; il est un étincelant « connecteur » de cultures. 

S'il continue de se découvrir sur le plan artistique, Jak ESPI s'appréhende de manière alternative. Ses dernières créations brillent dès l'aurore comme des constellations entre Paris, le Luxembourg, Miami, lieux prestigieux de ses dernières expositions. Créateur audacieux, observateur, il tourbillonne allègrement dans les «Globes». Le pop art n'est pour cet esprit indépendant qu'une victoire saisie en plein vol, une escale transitoire. Il se désinvente pour se réinventer, crée ses propres mythes avec discernement, de nouvelles icônes. Il a manifestement «le vent en poupe», aime voler librement, en hauteur, quel que soit le médium dont il s'empare et sur lequel il déploie ses signes graphiques. 

CharlÉlie n'est pas seulement une icône pop rock, il est «immortel». Sa renommée et son succès international sur le plan musical ont d'abord beaucoup pris sur l'artiste plasticien qu'il est tout aussi pleinement, et passionnément. On ne connaît pas encore suffisamment en France ses facettes multidisciplinaires, totalisantes, un syncrétisme harmonisant, cohérent. Il est, dit-on, plus naturel de développer et promouvoir des richesses créatrices aux USA qu'en France. Nous avons toujours une «gare de retard», laissant échapper des étoiles filantes pour un temps précieux. 

Jak ESPI a l'esprit «pop» presque malgré lui. Il est un électron se voulant libre, inclassable, avide d'explorations et de découvertes singulières dans des cimes plus électives que «pop-ulaires».

C'est un « alter pop » distant de la société de consommation du pop historique. Ses séries de créations sont en éditions très limitées, de plus en plus de créations sont uniques. Les sculptures initialement résinées évoluent vers des matériaux nobles : l'artiste venant de sculpter récemment deux œuvres cristallines en marbre de Carrare. Il s'oriente de toute évidence vers des horizons luxueux, des pièces de prestige qui restent financièrement accessibles.

Deux poètes des métamorphoses, en quête d'identité et de hauteur, composent entre émergences et résurgences, analogies. En filigrane: le temps, la mémoire individuelle et collective, le détournement d'icône, un certain don de marier les contraires, la culture «Velvet Underground». 

Soho est pour CharlÉlie une source d'inspiration. Le regard suit des allers et retours dans le flux d'une ville «qui ne dort jamais», des écritures, les piliers totems de Manhattan, l'icône de sa silhouette transfigurée. Des lieux et des formes composites, des rythmes, fusionnent dans un espace multidimensionnel à la fois plastique, pictural, géographique, musical, culturel, métaphysique, temporel ... Ces télescopages visuels entre ombres et lumières sont porteurs de sens, ils s'écoutent, se lisent, interrogent l'humanité qui vit en nous, l'infinité de l'être. Artiste et contemplateurs que nous sommes s'y explorent face à face, s'y laissent prendre, haussent le «ton». Ils cheminent dans des labyrinthes yin-yang, in-out. L'engagement est total, la vision panoramique, le tumulte introspectif. L'abstrait pénètre le concret, s'unifie dans une totalité composée de graphismes, photos, peinture, collages, écritures et signes à décrypter, sculptures.  

Entre les tableaux reliefs de CharlElie que l'œil explore et écoute, et les sculptures polies alternativement silencieuses de Jak, on aime la «contr-art-diction», l'empreinte d'un vécu où l'histoire se mêle au récit personnel, les réalités potentielles, l'inconscient collectif, aller d'une extrême à l'autre, sortir du cadre. 

CharlÉlie se met en scène; il devient un compositeur d'images stratifiées, de rythmes sonores pop rock, de «narrations combinatoires», d'entre-deux harmoniques, de transparences et d'opacités, de dérives aléatoires dans lesquelles on se perd pour se retrouver.

Jak, lui, construit en volumes (formes) des motifs récurrents qu'il fait évoluer en s'exprimant avec une plastique sublimée, des formes arrondies, un design graphique haut en couleurs. Un recadrage non pas sur le corps dans tous ses états comme on en a l'habitude à Maecene Arts mais sur le sein dans tous ses états. Le sujet est très représenté dans l'histoire de l'art mais la poitrine ne fait plus partie du corps ici: elle se transforme en objet désacralisé. On quitte l'attribut de la maternité qui l'a inspiré. La forme est séduisante mais pas érotique, elle devient désincarnée, abstraite, volume tactile sensuel et harmonieux entre intimité suggestive, métaphore, monumentalité formelle, de nouvelles «vagues» en vogue, une identité artistique reconnaissable, sa griffe. Il met en scène les héros de son enfance, une partie de lui-même, modifie le sens et les sens, questionne les symboles. Le ton est à l'humour, la dérision, la joie de vivre, le plaisir. Les évocations sont sentimentales, sensibles, l'atmosphère disco.

Pinky, alias la Panthère Rose, est devenue emblématique, «Haute Couture». 

Les espaces bruts et scratchés de CharlÉlie dialoguent avec les rondeurs lisses, douceurs sensuelles, de Jak, une mutation de la BD, de la science fiction, à travers le design et l'art contemporain. 

Un chant du quotidien qui de part et d'autre prend ses racines dans les tours de Babel New Yorkaise de CharlÉlie et dans la vie familiale ou l'enfance de Jak, son éternelle jeunesse . Les deux artistes sont des metteurs en scène: l'un reconstruit, le second déconstruit, épure, transforme non sans humour, couleurs, optimisme; deux cosmogonies très personnelles entre recompositions, ré écritures, relectures, le tout à contre-sens. Ces créations ont une histoire parallèle, des racines. 

 

L'œil du spectateur explore et écoute. 

Terminons cette avant-première sur une réflexion de John CAGE lorsqu'il dit que ce qui l'intéresse, c'est de constater qu'il n'y a pas de barrière entre l'art et la vie, Il n'y a pas non plus de frontières en matière de culture ni d'expressions. 

Une programmation et une collaboration riches en surprises. A suivre ... 

 

Marie-Hélène BARREAU-MONBAZET